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Jonas Baer-Hoffmann: La santé mentale, le football et moi

8 octobre 2021

• Le secrétaire général de la FIFPRO estime que certains clubs ne soutiennent pas les joueurs et les soumettent même délibérément à une pression psychologique
• M. Baer-Hoffmann revient sur ses propres problèmes de santé mentale lorsqu'il était jeune athlète
• Selon lui, le football doit devenir un environnement où les joueurs peuvent parler confortablement de leur santé mentale

Ce qui suit est une version abrégée d'un entretien avec Jonas Baer-Hoffmann sur la santé mentale dans le football et sur ses propres expériences de la recherche d'équilibre lorsqu'il était jeune athlète.

« Nous nous préoccupons beaucoup des performances physiques des footballeurs. Nous faisons toutes sortes d'exercices scientifiques pour les rendre de plus en plus performants. Mais nous ne nous soucions guère de ce qui se passe dans leur tête. La santé mentale chez les athlètes professionnels représente peut-être la composante la moins considérée de leur bien-être.

Il est vrai que l'industrie du football a davantage conscience de la santé mentale, mais j'observe qu'elle est toujours traitée comme une caractéristique de performance. Le soutien psychologique se focalise sur cette interrogation : « Es-tu prêt(e) là à performer ? » sans s'intéresser au bien-être général.

Les clubs doivent revoir la manière dont ils organisent le soutien psychologique. On n'a par exemple pas forcément envie de se confier au psychologue d'un club sur les difficultés de sa vie. S'agissant du jeu en lui-même, on n'apporte pas assez de soutien.

Certains clubs mettent délibérément les joueurs face à des difficultés mentales. Si vous décidez de ne pas payer les joueurs ou de les laisser s'entraîner seuls parce que vous ne les aimez plus, vous mettez consciemment la personne dans une situation psychologiquement difficile.

Il est vraiment problématique que le sport professionnel ne fasse pas preuve de beaucoup d'empathie et n'encourage pas les gens à faire face à leurs faiblesses. Il vous pousse à l'excellence en permanence.

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On ne peut pas s'entraîner huit fois par semaine et jouer un match ou deux sans ressentir de douleurs. On supporte les petites blessures, mais les prochaines sont probablement un peu plus graves, alors vous les supportez. Maintenant, reportez ces problèmes à la santé mentale. Au final, on ne peut pas l'ignorer. Si vous n'acceptez pas qu'il y a une blessure, une blessure mentale, qui doit être soignée, elle reviendra dix fois plus forte à chaque fois.

Mais la culture autour de ce sport ne l'accepte pas. « Vous devez être à la hauteur. Aujourd'hui, il y a match. Les fans sont là, et ils attendent de vous des performances. L'entraîneur attend de vous que vous soyez performant. Votre contrat expire peut-être dans quelques mois, et vous ignorez quelles seront les prochaines étapes. Donc vous feriez mieux de produire des résultats, sinon ce pourrait être la fin. »
Dans ce cadre, il est très difficile de dire « Oui, j'ai quelque chose dont je veux parler, quelque chose que je dois traiter et qui me prendra un peu de temps ». C'est très difficile.

Tout le monde dans le sport, que ce soit moi, quelqu'un qui dirige un club, une ligue, notre travail consiste à créer un environnement où il est acceptable de parler de la santé mentale de la même manière que vous évoquez une déchirure musculaire. Un environnement dans lequel vous pouvez la soigner et où cela ne vous coûte pas votre travail. Un cadre où on ne vous regardera pas comme quelqu'un de faible ou de peu fiable, mais comme quelqu'un de fort qui fait face à la situation et qui en sortira plus fort qu'au départ.

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J'ai ma propre histoire. Je jouais au basket et j'étais assez doué pour en faire une carrière professionnelle. Mais je ne l'ai pas fait. C'est en grande partie à cause de l'équilibre mental que je n'avais pas à l'époque.
Je viens d'une famille où la figure paternelle ne jouait pas vraiment son rôle. J'ai essayé de compenser cela et j'ai mis beaucoup de pression et de négativité dans le sport, parce que je visais toujours la perfection pour me dire que j'étais suffisamment bon.

Je n'étais jamais satisfait. Je me souvenais toujours de la passe que je n'avais pas faite ou du ballon que j'avais perdu plutôt que des choses positives que j'avais réalisées.

Cela m'empêchait d'apprécier le jeu et d'être au mieux de mes capacités.

Je suis également convaincu que certaines des blessures que j'ai eues, qui m'ont finalement fait arrêter, sont liées à mon bien-être mental. J'ai le sentiment que de nombreux athlètes se blessent parce que leur corps n'est plus capable de supporter la pression. À un moment donné, votre corps vous dit stop. Et si on ne l'écoute pas, il nous oblige à arrêter.

Le fait de parler de sa santé mentale est un parcours différent pour chacun.

Mon parcours a consisté à l'évoquer avec moi-même, en l'écrivant. Cela vous oblige à trouver des mots pour exprimer ce que vous pensez. Une fois que j'ai pu formuler les choses, certaines réponses se sont imposées à moi. Cela m'a donné aussi la force de l'exprimer dans une conversation avec des personnes en qui j'avais confiance.

J'ai beaucoup d'empathie et de compréhension pour les joueurs de football impliqués dans notre campagne dédiée à la santé mentale « Are You Ready To Talk ? » C'est le genre de conversations que nous devons avoir davantage dans le football.