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Marshall Munetsi : « Je continuerai à faire entendre ma voix pour aider la prochaine génération »

GPC L'histoire du joueur

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J’ai rejoint le Conseil mondial des Joueurs (GPC pour son acronyme en anglais) de la FIFPRO au début de l’année. Le GPC agit comme une voix pour les footballeurs professionnels. Au total, nous sommes 35, dont Giorgio Chiellini, Lucy Bronze et Arturo Vidal, et nous offrons notre point de vue de joueurs sur un certain nombre de sujets, tels que le calendrier international des matchs, les normes en matière d’emploi, l’utilisation des données personnelles et la violence sur les réseaux sociaux.

L’une des principales raisons qui m’ont poussé à rejoindre le GPC est mon souhait de contribuer à résoudre le problème des faux agents. C’est un sujet qui me passionne, et qui est aujourd’hui devenu un défi majeur, surtout en Afrique.

Au Zimbabwe, mon pays d’origine, j’ai vu des amis et d’anciens coéquipiers perdre beaucoup d’argent, de l’argent pour lequel ils avaient travaillé dur, de l’argent pour lequel leurs parents avaient travaillé dur, à cause de personnes qui se faisaient passer pour un agent de footballeur. J’ai assisté à ce phénomène de trop nombreuses fois quand je jouais en Afrique du Sud.

Bon nombre de ces joueurs ont reçu de fausses promesses et se sont vu vendre des rêves de jeu en Europe. J’en connais qui ont même pris l’avion pour l’Europe, et qui, arrivant à l’aéroport, ont découvert qu’il n’y avait personne ; ces faux agents avaient pris leur argent en les laissant bredouilles.

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En tant que joueurs, nous devons prêter attention aux avertissements que nous recevons de la FIFPRO et des syndicats de joueurs à propos de ce phénomène.

Si quelqu’un prétendant être un agent de footballeur vous contacte via Instagram avec une offre de club, prenez cinq minutes pour appeler votre syndicat et leur demander si cette personne est bien enregistrée auprès de la FIFA. Cela pourrait vous éviter d’être l’une des victimes des milliers d’arnaques.

C’est à nous, les joueurs, de prendre notre responsabilité et de demander des conseils à nos syndicats. Ils sont là pour les joueurs.

Lorsqu’un joueur s’exprime individuellement, il peut devenir une cible unique. Mais lorsque les joueurs font partie d’un syndicat, lorsqu’ils font partie d’un collectif, ils peuvent prendre la parole et ainsi faire remonter nos préoccupations. Un syndicat nous permet de trouver des solutions, sans que nous en soyons impactés individuellement. Ils jouent un rôle important pour les joueurs.

Je me suis d’abord impliqué dans le syndicat national du Zimbabwe, puis plus tard, dans la FIFPRO Afrique, lorsque j’ai commencé à jouer pour l’équipe nationale senior en 2018.

Ils ont vu que je n’étais pas timide lorsqu’il s’agissait de faire entendre leur voix et de parler pour les autres. Certains footballeurs peuvent être craintifs ou hésiter à faire entendre leur voix, ce qui est tout à fait normal, tout le monde est différent, mais personnellement, je n’ai pas peur d’aborder les questions délicates qui nous touchent en tant que joueurs, de remédier aux problèmes en proposant des solutions et d’aider ainsi la prochaine génération. Être une voix pour les autres est en moi depuis l’école déjà, quand j’étais vice-président des élèves.

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J’ai joué pour la dernière fois en équipe nationale fin 2021. La Commission du Sport et des Activités récréatives du Zimbabwe (SRC) s’est ingérée dans la Fédération zimbabwéenne de football (ZIFA), ce qui est interdit par la FIFA ; en conséquence, les équipes nationales masculine, féminine et des jeunes ont été suspendues du football international.

Nous n’avons donc pas pu participer aux dernières éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations, et je pense que nous ne pourrons probablement pas non plus participer aux éliminatoires de la Coupe du monde, de même que les clubs du Zimbabwe se sont vu priver de leur participation à la Ligue des champions de la CAF.

Tant de joueurs du Zimbabwe se voient ainsi refuser une grande opportunité ; tant de joueurs à leur apogée se voient priver de jeu sur la scène continentale et internationale. Mais surtout, la disqualification du Zimbabwe a un effet socio-économique considérable sur le pays.

Je pense que l’association devrait faire mieux lorsqu’il s’agit de discuter avec la FIFA et de trouver une solution possible pour ne pas affecter la jeune génération qui est là, parce que le talent au Zimbabwe est là. Les footballeurs qui jouent en Europe, et moi-même, qui joue ici en France, en sommes témoins.

Ce mois-ci, nous aurions pu affronter le Maroc, demi-finaliste de la Coupe du monde, la seule équipe africaine à avoir fait partie du dernier carré de la scène mondiale, et cette rencontre aurait pu être une grande fête. Leur premier match de compétition à la suite de cette course historique en Coupe du monde aurait été contre le Zimbabwe. Le pays s’est vu refuser ce qui aurait été une occasion formidable.

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L’ingérence du gouvernement dans la gestion du jeu, qui a entraîné la disqualification de l’équipe nationale par la FIFA, a un impact socio-économique considérable sur le pays.

Si Mo Salah était venu au Zimbabwe avec l’Égypte, le stade aurait été plein. Les gens auraient acheté des billets ; les hôtels auraient affiché complet. Il en aurait été de même si Sadio Mane et le Sénégal avaient débarqué en ville.

Il est important pour nous, les joueurs, de parler de problèmes tels que celui-ci, et la situation au Zimbabwe est une autre des raisons pour lesquelles j’ai souhaité rejoindre le GPC de la FIFPRO. Cela contribue à mettre en lumière la façon dont des cas tels que celui-ci fragilisent la situation de la jeune génération, en particulier en Afrique.

En tant que joueurs, notre voix compte. Et via un syndicat, nous pouvons utiliser cette voix collective afin de faire pression en faveur d’un changement positif. Je continuerai à faire entendre ma voix pour aider la prochaine génération en Afrique et au-delà.