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Sebastian Coates: « Laissez-moi vous parler de Santiago Garcia »

#ShineALight L'histoire du joueur

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Sebastian Coates

Le défenseur uruguayen Sebastian Coates parle avec émotion des pressions du football de haut niveau, du suicide d'un coéquipier l'année dernière et de l'importance de partager ses sentiments.

Ce n'était pas un message que je m'attendais à recevoir.

Ce n'était pas un message auquel je voulais croire.

Pourquoi ? Pourquoi faire cela ? Pourquoi n'avais-je pas compris ce qui se passait vraiment ?

Mon ami Santiago « Morro » Garcia était parti.

Cela fait maintenant plus d'un an que mon coéquipier du Nacional, Santiago, a mis fin à ses jours.

Un héros parmi les supporters de Godoy Cruz en Argentine, mais pour moi un rappel constant du parcours que nous avons eu tous les deux pour devenir footballeurs professionnels au sein de notre petite mais fière nation, l'Uruguay.

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Santiago Morro

On s'est rencontrés à l'académie de Nacional quand on avait 11 ans. Il était l'attaquant souriant, toujours en train de rire et de plaisanter, même lorsque je faisais de mon mieux pour l'arrêter à l'entraînement.

Mon travail était de concentrer, celui de Santiago était d'apporter de la joie en marquant. S'il ressentait de la pression, il ne le montrait jamais. On a passé tant de moments privilégiés ensemble que cela a été un choc total d'apprendre, après une séance d'entraînement au Sporting, que Santiago était mort. 

La pandémie de COVID-19 et le fait d'être sur des continents différents nous avaient éloignés l'un de l'autre, mais on prenait toujours des nouvelles l'un de l'autre. Je savais que Santiago suivait un traitement psychiatrique avant de décider de mettre fin à ses jours. J'étais rassuré, soulagé qu'il cherche de l'aide. Il a toujours été l'incarnation de la positivité, et même s'il était clairement dans une situation difficile, je n'avais aucune idée qu'il en était arrivé au point de ne penser à aucune autre alternative que la mort.

C'est la partie la plus difficile à accepter pour moi. Le fait qu'il se sentait si isolé, si seul. Les restrictions imposées aux déplacements en raison de la pandémie ont certainement joué un rôle dans la façon dont Santiago se sentait. Le fait qu'il ne pouvait pas rendre visite à sa famille en Uruguay, que sa mère ne pouvait venir en Argentine pour passer du temps avec lui. Je savais qu'il avait du mal à accepter de ne pas être titulaire indiscutable au Godoy Cruz, surtout après deux saisons exceptionnelles en tant que buteur avec le club.

Ce n'est jamais facile, mais je veux parler de Santiago parce que je me rends compte que cela m'aide à digérer les événements des 18 derniers mois. Parler de Santiago ne le ramènera pas, mais je veux m'assurer qu'en tant que footballeur professionnel, j'attire l'attention sur l'importance de parler à ses coéquipiers, aux responsables des clubs, aux supporters, afin qu'ils sachent qu'il n'y a pas que le football dans la vie.

Je me demande si le football ne doit pas réfléchir à la santé mentale des joueurs beaucoup plus tôt, dans les académies de jeunes, et pas seulement lorsque les garçons et les filles signent leur contrat professionnel. Est-ce que nous pouvons mettre en place de meilleures structures dans le football afin d'éviter un scénario comme celui de l'Uruguay où trois joueurs – Santiago, Williams Martinez, Emiliano Cabrera –  et un joueur retraité, Maximiliano Castro, se sont suicidés en six mois l'année dernière ?

Et si on apprenait à nos jeunes joueurs qu'il n'y a pas de mal à dire quand ils ont des difficultés sur le terrain, à partager leurs problèmes en dehors du terrain avec un responsable du bien-être afin qu'ils obtiennent le soutien dont ils peuvent avoir besoin. Il est très difficile pour un entraîneur de détecter le moment où quelque chose affecte un joueur en dehors du terrain, car il se concentre sur l'entraînement, sur la préparation des joueurs pour le match et, en fin de compte, sur le résultat.

L'infrastructure des clubs doit permettre à l'entraîneur et aux joueurs de maximiser leur potentiel, et l'offre d'un soutien psychologique doit être un élément clé de cette approche holistique, de l'académie à haut niveau.

À vrai dire, je suis sûr que certains joueurs craignent pour leur avenir s'ils admettent qu'ils rencontrent des difficultés sur le terrain ou en dehors. Mais on doit le voir d'une manière différente. Reconnaître que vous traversez une période difficile est un signe de force, pas de faiblesse.

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Aucun joueur sera toujours au top de sa forme. Parfois, le corps est endolori, mais parfois c'est l'esprit et le cœur qui sont blessés. Certains se retrouvent à des milliers de kilomètres de leur famille et de leurs amis. D'autres doivent parcourir des milliers de kilomètres dans une saison pour participer à des matchs de championnat, de coupe continentale ou internationaux.

Je vous entends déjà demander : « Qu'en est-il de ces énormes salaires que vous recevez pour jouer ces belles rencontres ? »

J'ai de la chance, financièrement, sans aucun doute. Mais l'argent ne garantit pas toujours le bonheur. Je peux aider ma famille et mes amis, c'est sûr. Mais je ne peux pas les empêcher de se sentir mal quand ils voient ou lisent des commentaires négatifs sur moi ou sur mes performances. Je suis un personnage public, mais ma famille n'a pas choisi cela pour moi. Je demande donc aux supporters de se rappeler qu'en fin de compte, nous sommes d'abord des humains et ensuite des footballeurs.

Il y a plus de pression dans le football aujourd'hui qu'il y a 10 ou 20 ans. On observe beaucoup plus de couverture médiatique, beaucoup plus d'exigences pour toutes les personnes impliquées dans le jeu. En tant que joueurs, utilisons notre plateforme unique pour partager nos expériences, les bonnes comme les mauvaises, afin d'aider les autres. Faites le point avec vos coéquipiers, partagez vos problèmes, essayez de trouver des solutions ensemble.

“Je me demande si le football ne doit pas réfléchir à la santé mentale des joueurs beaucoup plus tôt, dans les académies de jeunes, et pas seulement lorsque les garçons et les filles signent leur contrat professionnel.”

Cette prochaine Coupe du monde au Qatar sera un moment doux-amer pour moi, pour mes coéquipiers uruguayens, car nous nous souviendrons de Santiago « Morro » Garcia, de Williams Martinez, d'Emiliano Cabrera et de Maximiliano Castro. Normalement, Santiago et moi échangions des messages après chaque match que je jouais pour l'Uruguay, il me disait ce que j'avais bien fait, ce que je devais améliorer. Il n'y aura plus de messages comme celui-là pour moi au Qatar. Plus d'échanges WhatsApp avec mon ancien coéquipier.

Mais je sais maintenant ce que je dois faire pour honorer la mémoire de Santiago. Il s'agit de veiller à ce que le football fasse mieux pour assurer le bien-être physique et mental de ses joueurs, non seulement lors de la Coupe du monde de la FIFA, mais aussi dans tous les championnats et compétitions, au sommet du jeu comme en bas de la pyramide du football.

En tant qu'Uruguayen, vous savez que nous allons tout donner sur le terrain. Le football donne beaucoup. Maintenant, faisons de notre mieux pour nous assurer qu'il n'emporte pas d'autres de nos coéquipiers et amis.