Expert Opinion
Lucy Staniforth : « Le football féminin a profondément changé ; il doit désormais poursuivre sa progression »

À propos de l'auteure
L’ancienne internationale anglaise Lucy Staniforth, âgée de 33 ans, a récemment mis un terme à sa carrière de footballeuse professionnelle et rejoint la FIFPRO en qualité de responsable du football féminin. Dans cette tribune, Staniforth revient sur l’essor fulgurant du football féminin au cours de sa carrière, sur le rôle joué par les syndicats pour faire avancer les choses et sur les raisons qui la poussent aujourd’hui à contribuer à façonner l’avenir du sport roi à travers le mouvement syndical des joueuses.
Par Lucy Staniforth
Lorsque j’ai commencé à Sunderland, le football féminin semblait appartenir à un tout autre monde par rapport à ce qu’il est devenu aujourd’hui. Nous évoluions au plus haut niveau, mais nous avions encore le sentiment qu’il s’agissait davantage d’un passe-temps que d’un véritable métier. Il n’y avait pas réellement de pression, nous n’étions pas au centre de l’attention et, bien sûr, nous n’avions pas l’impression que chacun de nos gestes était observé en permanence.
Je repense souvent au moment où nous avons atteint la finale de la FA Cup en 2009 et où nous avons dû nous rendre dans un supermarché pour emballer les courses des clients afin de récolter des fonds pour financer notre déplacement. À l’époque, cela me paraissait normal. Avec le recul, cela semble presque inimaginable. Imagine-t-on aujourd’hui de grands clubs demander à leurs joueurs de passer du temps dans un supermarché à emballer des sacs avant une finale ?
Ce contraste illustre à lui seul le chemin parcouru par le football féminin.
Tout au long de ma carrière, j’ai été témoin de la professionnalisation rapide du football féminin. La croissance a été remarquable : davantage de public, davantage d’investissements, une visibilité accrue et des opportunités que les jeunes joueuses considèrent désormais, à juste titre, comme allant de soi. En Angleterre notamment, la victoire des Lionnes à l’Euro a accéléré cette dynamique à une vitesse qu’aucune d’entre nous n’aurait pu imaginer. Mais une croissance aussi rapide s’accompagne inévitablement de nouveaux défis.

Le football féminin a souvent dû lutter pour obtenir l’égalité. Les structures de soutien ne se sont pas toujours développées au même rythme que la croissance commerciale du sport. À l’échelle mondiale, il existe encore d’énormes disparités quant à ce que signifie être une footballeuse professionnelle. Dans certains pays, les joueuses bénéficient d’un véritable accompagnement et de bonnes conditions de travail. Dans d’autres, la réalité demeure extrêmement difficile.
C’est précisément pour cette raison que les syndicats de joueurs sont si importants.
En vérité, nombre des avancées réalisées dans le football féminin n’auraient pas vu le jour sans eux. Leur rôle va bien au-delà des contrats et des négociations. Ils défendent le bien-être et la dignité des joueuses. Ils poussent le monde du football à prendre en compte les besoins réels des footballeuses, plutôt que de simplement adapter des systèmes initialement conçus pour les hommes.
Le football féminin mérite d’être appréhendé selon ses propres réalités. Nous ne sommes pas des « petits hommes », comme cela a parfois été affirmé par le passé. Les joueuses vivent des expériences différentes, font face à des enjeux de santé spécifiques et évoluent dans des réalités professionnelles distinctes. L’un des exemples les plus évidents concerne le soutien à la maternité et à la fertilité. Pour les joueuses, les meilleures années d’une carrière coïncident souvent avec les meilleures années pour fonder une famille. Cela engendre des choix et des pressions qui n’existent tout simplement pas de la même manière ailleurs dans le football.
Il était essentiel que les syndicats de joueurs commencent à traiter ces questions avec toute l’attention qu’elles méritent.
J’ai eu la chance de bénéficier personnellement du soutien de la PFA tout au long de ma carrière, notamment lorsque j’avais besoin d’une meilleure prise en charge pour ma rééducation et mes soins médicaux. La PFA m’a également donné les outils nécessaires pour m’épanouir en dehors du terrain, notamment grâce au diplôme que j’ai obtenu à son école de commerce. Mais ce qui m’a véritablement ouvert les yeux sur l’importance plus large du mouvement syndical des joueuses, c’est ma participation à mon premier Sommet des footballeuses de la FIFPRO.

Entendre des joueuses du monde entier parler de leur réalité m’a profondément marquée. Je me souviens de footballeuses évoquant des barrières culturelles, des campagnes en faveur d’un salaire minimum ou encore des conditions de travail auxquelles beaucoup de personnes issues de ligues déjà établies n’auraient même pas pensé. Cela m’a fait prendre conscience de l’importance de l’action collective et de tout ce qu’il reste encore à accomplir.
Lorsque j’ai commencé à envisager sérieusement ma retraite au cours des deux dernières années, j’ai également réfléchi à la manière dont je pourrais continuer à contribuer au football au-delà du terrain. Mes blessures m’ont donné le temps de prendre du recul et, fin 2025, j’ai compris que mettre un terme à ma carrière était la bonne décision pour moi. Ce qui a facilité cette transition, c’est de savoir qu’il existait des opportunités en dehors du football ainsi que des organisations qui soutiennent véritablement les footballeurs et les footballeuses dans cette nouvelle étape de leur vie.
C’est l’une des raisons pour lesquelles rejoindre la FIFPRO m’a semblé être une suite tout à fait naturelle.
Depuis des années, j’observais la manière dont l’organisation travaillait en coulisses pour faire progresser le football féminin de manière concrète et durable. J’ai visité les bureaux, échangé avec des experts, participé à des sommets et constaté de mes propres yeux le dynamisme de leur action. Je n’ai jamais eu le sentiment que l’on parlait de changement pour le simple plaisir d’en parler. Il s’agissait d’apporter de véritables améliorations durables pour les joueuses du monde entier.
Aujourd’hui, alors que j’entame cette nouvelle étape après avoir quitté les vestiaires, j’espère pouvoir apporter le regard de quelqu’un qui a vécu de l’intérieur cette période de transformation du football féminin.
La WSL est peut-être aujourd’hui l’un des principaux championnats au monde, mais même en son sein, de nombreux chantiers restent ouverts. Les normes minimales, le bien-être des joueuses, le soutien médical spécifique aux femmes et l’harmonisation des conditions des compétitions sont autant de domaines dans lesquels il demeure urgent de progresser. Des projets comme celui de la FIFPRO consacré aux blessures du ligament croisé antérieur sont essentiels, car ils permettent au football de dépasser les suppositions pour évoluer vers des systèmes de soutien fondés sur des données concrètes au bénéfice des joueuses.
Je pense également que l’expérience vécue joue un rôle fondamental dans la prise de décision. L’avenir du football féminin dépendra de la présence d’un plus grand nombre d’anciennes joueuses dans les instances décisionnelles. Après tout, ce sont elles qui comprennent véritablement la réalité de ce sport.
Pendant trop longtemps, certains postes dans le football féminin ont été attribués davantage par nécessité que sur la base des compétences. À mesure que davantage d’anciennes footballeuses accéderont à des fonctions de direction, de gouvernance et de responsabilité politique, je suis convaincue que l’ensemble du sport en bénéficiera.
Et malgré les difficultés, je reste profondément optimiste.
Bon nombre des progrès réalisés dans le football féminin n'auraient pas été possibles sans les syndicats de joueuses.
Le football suscite partout un immense enthousiasme. L’engouement pour le football féminin est considérable et, dans de nombreuses régions du monde, nous n’avons encore qu’effleuré le potentiel de ce qui est possible. Lorsque je repense au chemin parcouru — de la collecte de fonds dans un supermarché avant une finale de FA Cup à des dizaines de milliers de supporters remplissant Wembley pour assister à des matchs féminins — je mesure à quel point les choses peuvent évoluer rapidement.
La prochaine étape consiste à faire en sorte que ces progrès bénéficient à toutes, et pas seulement à quelques ligues ou à quelques pays.
C’est ce qui me motive le plus à l’idée de rejoindre le mouvement syndical des joueuses. Les opportunités sont immenses, mais les responsabilités le sont tout autant. Nous avons aujourd’hui la possibilité de façonner un football féminin durable, compétitif, soutenu à sa juste mesure et véritablement représentatif des joueuses qui en constituent le cœur.
Le football féminin a déjà prouvé jusqu’où il pouvait aller. Désormais, c’est à nous de décider jusqu’où nous voulons le mener.
