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Récit d'Anton Olsson : « Nous devons parler de la santé mentale dans le football »

20 avril 2020
« Je m'appelle Anton Olsson, je suis footballeur professionnel et je souffre de problèmes de santé mentale. »

Récit d'Anton Olsson. Écrit par Laurie Bell.

Je suis capitaine du Karlslunds IF HFK, un club de troisième division suédoise.

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours souffert de dépression et de troubles de l'alimentation.

Je suis toujours angoissé à l'idée de partager ça avec vous, mais dans mes moments de dépression les plus intenses, j'ai pensé à mettre fin à ma vie.

Je n'écris pas ça pour susciter votre pitié. Je partage mon histoire car je sais que je ne suis pas seul. De nombreux footballeurs souffrent de problèmes de santé mentale. Pourtant, nous parlons rarement d'eux à cause de la honte que cela suscite.

Et s'il y a bien quelque chose que j'ai appris au sujet du bien-être mental, c'est que parler des problèmes est le premier pas vers leur éviction.

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J'ai été au fond du gouffre il y a tout juste deux ans.

Karlslunds venait de remporter un match éliminatoire décisif pour assurer la montée. En surface, c'était parfait pour conclure une année triomphante.

Notre routine hebdomadaire ressemblait à ça : s'entraîner dur du lundi au vendredi, gagner le samedi, puis célébrer ensemble après le match. Quand on a assuré la montée, les fêtes ont continué. Puis, assez subitement, on a eu une trêve avec le football et certains de mes amis les plus proches ont quitté la ville.

Après avoir été porté si haut avec cette année de succès, je me suis vite senti seul et au plus bas.

Sans mes coéquipiers ou la structure cadrée de notre routine de football, je me suis senti vraiment seul. Ce n'était pas vrai, il y avait des gens autour de moi, dont ma famille, que je pouvais contacter facilement. Pourtant, je me suis isolé dans mon appartement, j'ai verrouillé la porte et je me suis assis sous des couvertures, par terre dans ma cuisine.

“J'étais dur avec moi-même, je me suis frappé à la tête et j'ai pensé à mettre fin à mes jours.”

Il est maintenant clair dans mon esprit que je n'ai jamais voulu mourir, mais j'étais dur avec moi-même. Je me suis frappé à la tête et j'ai pensé à mettre fin à mes jours.

Finalement, j'ai réalisé qu'il ne me restait que deux voies à suivre : parler à quelqu'un et recevoir de l'aide ou me suicider. Heureusement, j'ai trouvé la force de me mettre à parler.

D'abord, j'ai parlé à ma mère et à mon père. Ce fut la conversation la plus émouvante de toute ma vie. J'ai tout partagé avec eux et j'ai immédiatement senti un poids immense se délester de mes épaules. Ensuite, j'ai envoyé un é-mail à mon centre médical local, qui m'a invité à venir voir un docteur tout de suite, lequel m'a orienté vers un psychiatre, qui m'a diagnostiqué une dépression clinique et prescrit une thérapie et des antidépresseurs.

Plus tard, on m'a diagnostiqué un trouble de l'alimentation : la boulimie.

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Vous remarquerez que mon voyage vers la guérison s'est déroulé en dehors du football. J'avais peur de parler de mes problèmes avec les membres du club. Je n'en ai parlé à personne, sauf à ma famille et mes docteurs.

Parce que, en tant que sportif, on a parfois l'impression de ne pas avoir le droit de montrer qu'on peut se sentir faible ou vulnérable.

Finalement, je me suis confié à mon entraîneur, Jonathan Ederström, qui a été d'un grand soutien.

Mon espoir pour les autres footballeurs professionnels est qu'il soit normal de parler des troubles de santé mentale, autant que de dire « Aujourd'hui, je ne me sens pas bien, j'ai mal au genou », pour qu'on puisse les aider de la même manière.

Pour en arriver là, nous devons faire cesser la honte et montrer que dire ce que l'on ressent n'est pas une preuve de faiblesse.

Une étude sur les footballeurs professionnels européens a montré que 37 % d'entre eux ont vécu des symptômes d'anxiété ou de dépression à un moment donné sur une période de 12 mois.

Ça fait un joueur sur trois. Mais, honnêtement, combien d'entre eux ont parlé ouvertement ? Même ne serait-ce qu'à un coéquipier ?

“Certains des mes amis ont été choqués, mais tout le monde était très impressionné et mettait en avant mon courage”

J'ai gardé le silence, jusqu'à ce que je donne un entretien dans un journal suédois sur mon expérience, à savoir jouer tout en souffrant de troubles de l'alimentation et d'une dépression.

À l'échelle du football mondial, je suis un inconnu. Mais je savais que j'avais de l'influence dans ma ville d'origine : Örebro, une petite ville folle de sport.

Je me suis dis que je si pouvais aider ne serait-ce qu'une seule autre personne à réaliser qu'elle n'est pas seule, alors mon histoire valait la peine d'être partagée. Mais c'était aussi en partie égoïste, je voulais me libérer du secret de plomb qu'était devenue la façon dont je me sentais.

J'ai vraiment été angoissé quand l'article a été publié. J'ai averti mes entraîneurs, ma petite amie, et ma famille, mais je ne savais pas comment mes coéquipiers, mes adversaires, ou le public allaient réagir.

La réception m'a laissé sans voix. Le jour de la publication, mon téléphone n'a pas arrêté de sonner avec des appels, des textos et des messages sur Twitter, Facebook et Instagram.

Tous les membres du club me soutenaient complètement. Un nombre incalculable d'anciens coéquipiers et de coéquipiers actuels m'ont contacté. Certains des mes amis ont été choqués, mais tout le monde était très impressionné et mettait en avant mon courage.

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Des joueurs de presque toutes les ligues de Suède m'ont remercié d'avoir partagé mon histoire et d'avoir lancé le débat sur la santé mentale. À ma grande surprise, plusieurs joueurs que je ne connaissais même pas se sont ouverts à moi sur leurs propres problèmes de santé mentale. Alors je leur ai dit, « On est tous dans le même bateau. ». « Vous n'êtes pas seuls. Nous devons en parler. »

De nombreux journaux suédois de grande envergure ont relaté mon histoire. Des conseillers d'orientation pour jeunes et des psychologues l'ont partagée, en me disant à quel point c'était utile pour établir un lien avec les jeunes hommes perturbés qui refusent de parler de leurs émotions. Lorsque Daniel Ekvall, le psychologue de l'équipe de football national, a retweeté mon récit, j'ai réalisé à quel point c'était gros, c'était... wow.

J'étais littéralement submergé. Et ces réactions m'ont prouvé quelques choses :

Tout d'abord, qu'il y avait beaucoup, beaucoup plus de footballeurs souffrant de troubles de la santé mentale que je ne le croyais.

Et, deuxièmement, que nous devons tous parler davantage de la santé mentale dans le football.

“Je vous le promets, parler de vos problèmes ne vous rendra jamais plus faible. C'est la chose la plus courageuse que j'ai jamais faite”

Entre coéquipiers, nous pouvons commencer par nous demander si tout va bien. Dans mon club, j'ai l'impression que les choses sont un peu plus ouvertes depuis la parution de l'article. C'est comme si une porte avait été ouverte et qu'on pouvait maintenant parler plus librement de nos problèmes.

Les fédérations de football peuvent aussi aider en rendant obligatoire pour chaque club professionnel, et pas seulement ceux de l'élite, la présence de quelqu'un auprès de qui se confier pour les joueurs. Quelqu'un qui peut aider les joueurs à recevoir toute l'aide professionnelle dont ils ont besoin.

Nous pouvons tous jouer un rôle.

À chaque personne qui lit ce texte et qui ne se sent pas bien, la meilleure façon de commencer à aller mieux est de parler à quelqu'un de confiance : un membre de la famille, un coéquipier, un ami, un entraîneur, un centre médical local ou un service d'assistance téléphonique. Je vous le promets, parler de vos problèmes ne vous rendra jamais plus faible.

C'est la chose la plus courageuse que j'ai jamais faite.