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Laurie Bell : Une semaine de la vie d'un footballeur durant la crise du coronavirus

23 avril 2020
La plupart des footballeurs professionnels dans le monde entier sont confinés à leur domicile durant la pandémie du coronavirus.

Mais en Suède, là où je joue, il y a moins de restrictions.

Par Laurie Bell

 

Après nous avoir accordé un peu de temps libre, mon club, Örebro Syrianska, a suivi les directives gouvernementales et nous a rappelés à l'entraînement.

Lundi 13 avril

Je me réveille vers 7h30 et fais quelques pompes et étirements que j'ai mis au point durant notre courte parenthèse. Ce soir, nous reprenons l'entraînement, c'est un soulagement. Comme pour la plupart des footballeurs, c'est terrible de devoir rester à la maison sans m’exercer.

Et pourtant, tout n'est pas revenu à la normale. La saison de football suédoise – ici, nous jouons au printemps et à l'automne européens – a été reportée d'avril à fin mai. Nous voici coincés dans une pré-saison interminable qui a débuté dans le froid et dans l'obscurité, en janvier. 

Difficile de se concentrer sur le football durant cette pandémie, mais tant que les autorités nous conseillent de continuer à jouer, soyons confiants, c'est ce qu’il y a de mieux à faire. « L'activité physique est bonne pour la santé publique, donc le sport et l'entraînement doivent se poursuivre, » a déclaré l'Agence de santé publique de Suède.

Aujourd'hui, l'entraînement commence à 17h30. Super, de voir les gars. Nous ne nous serrons plus la main, mais échangerons hochements de tête et rires avant l'arrivée de notre entraîneur qui nous souhaite la bienvenue en annonçant un match potentiel de pré saison samedi.

De quoi prévoir un premier entraînement intensif !

 

Mardi 14 avril

Un matin de plus de pompes et d’étirements, suivis d'une tartine au beurre d'arachide et de quelques courses à l'épicerie avec ma fiancée Sara.

Personne ne porte de masque ici. La vie quotidienne n'a guère changé, si ce ne sont les actualités et les appels vidéo avec la famille et les amis en Angleterre et aux États-Unis.

En tant qu'Anglais en Suède, difficile de savoir quelles directives, de quel pays, je devrais suivre sur le coronavirus. Le fait que je vive avec Sara, Américaine, ajoute encore à la confusion.

Au déjeuner, je me rends en vélo de notre appartement en ville. Tout le monde est à vélo ici. Les restaurants et les cafés sont toujours ouverts, et les mesures publiques les plus strictes limitent les réunions à cinquante personnes.

J'essaie de respecter la distanciation sociale autant que possible, et commande en général des plats à emporter ou prépare les repas à la maison.

“Je me sens un peu coupable de parler de notre liberte en Suède. Je me demande si je fais bien ce qu'il faut.”

Aujourd'hui, personne à l'extérieur du restaurant qui sponsorise notre équipe aujourd'hui. Je prends mon déjeuner au soleil. Un potage avec du pain frais et de la salade pour commencer, suivi de boulettes de viande végétaliennes, de pommes de terre et de confiture d'airelles rouges. Très suédois, et savoureux.

Bonne nouvelle ! On nous a annoncé à l'entraînement que notre match serait maintenu samedi, et que nous jouerions à huis clos. Nous jouons contre Örebro SK, un club de première division de la même ville. Nous jouons en troisième division, donc ce sera un bon essai.

La nuit est fraîche et ensoleillée. Nous faisons des rondos pour nous échauffer avant un exercice de pressing. La séance se termine par la victoire de mon équipe jaune dans le tournoi à cinq par 12 points, à neuf contre six. Top !

Je rentre en vélo à la maison le sourire aux lèvres en oubliant un moment tous les problèmes dans le monde, heureux de pouvoir toujours jouer au football. Demain, c'est un jour de repos, et d'après les prévisions météo, ce sera la journée la plus chaude de l'année.

Mercredi 15 avril

Parallèlement au football, j'ai le plaisir de travailler pour une société de technologie du sport, et voilà comment je commence ma journée. Je peux travailler de chez moi, c'est bien pratique et recommandé.

Le soleil printanier nous invite très tôt à sortir, et Sara et moi prenons donc vite notre petit-déjeuner. Nous empruntons des sentiers sablonneux à vélo au milieu de grands pins, jusqu'à arriver sur les rives verdoyantes du Hjälmaren, le quatrième plus grand lac de Suède.

De retour à la maison, je finis mon travail sur l'ordinateur, puis sors courir à travers les bois.

Un peu plus tard, mes amis en Angleterre font le point sur la situation du confinement sur un forum vidéo. Je me sens un peu coupable de parler de notre liberté en Suède. Je me demande si je fais bien ce qu'il faut.

Je suis particulièrement mal à l'aise d’annoncer que j'ai un match ce samedi, mais mon copain Coxy insiste, il veut assister à la retransmission en direct.

“Cette saison va-t-elle jamais se poursuivre ?”

Jeudi 16 avril

La journée commence bien, le vélo a un pneu crevé. Peut-être suis-je puni pour m'être aventuré autant dehors ?

Mon coéquipier Erik me propose de me conduire à l'entraînement le soir et me met en garde contre la dernière conférence de presse du gouvernement suédois, qui portait sur le durcissement des règles en matière de sport.

C'est confirmé : le match de samedi est annulé.

Nous nous entraînons aussi intensivement que possible, mais la nouvelle a affecté notre motivation, ce n'est pas une séance comme d'habitude.

De retour à la maison, je traduis les nouvelles directives : « Pour éviter la propagation du covid-19, les associations sportives doivent reporter les matchs, les matchs d'entraînement, les compétitions et les coupes. »

Cette saison va-t-elle jamais se poursuivre ?

Vendredi 17 avril

Assis au soleil, j'attends patiemment l'entraînement. Ce soir, nous allons jouer. Notre motivation est peut-être mise à mal, mais nos instincts de compétition reprennent le dessus et en font un match acharné, à force de transpirer, nous évacuons toutes nos frustrations.

Finalement, ma rage sous-jacente - qui n'est jamais très loin en cette pré-saison - se déverse sur mon coéquipier Eliyo. Je reçois le ballon en premier, mais l'impact le fait basculer en l'air et notre entraîneur annonce une faute et met fin à la séance.

Idéalement, cette période devrait permettre de se mettre en forme et de bien démarrer, mais une pré-saison d'arrêt-départ nous a coupés dans notre élan.

Une fois calmé, je ris avec Eliyo de la tactique anglaise, et je me rappelle à quel point nous avons de la chance d'être en bonne santé. Partout dans le monde, les gens se battent pour survivre, et les soignants tiennent bon, héroïques.

Tout ce que mon équipe peut faire, c'est rester positive et professionnelle, profitons de notre football et soyons prêts pour la saison quoi qu'il arrive !