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Fernanda Pinilla veut que les femmes au Chili aient les mêmes chances dans le football

23 novembre 2021
  • Le syndicat national des footballeuses chiliennes (ANJUFF) a présenté un rapport illustrant l'inégalité dont souffrent les footballeuses par rapport aux footballeurs au Chili.
  • Le rapport montre que seulement 10 % des joueuses chiliennes sont des footballeuses à plein temps et que plus de la moitié d'entre elles ont déclaré avoir été victimes d'actes de discrimination sexuelle au cours de leur carrière.
  • Fernanda Pinilla, joueuse de renom et ancienne présidente de l'ANJUFF, espère que les autorités du football chilien adopteront désormais une approche différente du problème.

« Maintenant que nous disposons de faits, de chiffres et de nombres concrets, fournissant des preuves empiriques de ce qui arrive aux joueuses au Chili, la situation a changé. Avant cela, ils se moquaient de nos affirmations et nous accusaient de caricaturer le football féminin. Maintenant, ils ont vu que nous ne plaisantions pas du tout. »

Ce sont les mots de Fernanda Pinilla, une joueuse de 28 ans et peut-être l'une des figures les plus emblématiques de l'équipe nationale féminine du Chili. Elle s'est félicitée qu'après des décennies de plaintes et de demandes d'enquête, il ait été possible de retranscrire dans un rapport objectif la réalité du football féminin dans ce pays d'Amérique du Sud.

En octobre, l'ANJUFF, en collaboration avec l'Université du Chili, a présenté un rapport ambitieux intitulé "Une étude approfondie du football féminin au Chili". Au travers d'enquêtes, d'interviews et de chiffres comparatifs, ce document retrace la réalité de ce que les footballeuses doivent endurer pour pouvoir pratiquer leur sport.

Il met ainsi en lumière l'énorme disparité qui existe encore entre le football féminin et le football masculin et met à nu les très nombreux obstacles que les femmes doivent surmonter pour pouvoir pratiquer le football professionnellement.

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« Le succès que nous avons eu avec l'équipe nationale féminine en nous qualifiant pour la Coupe du monde 2019 en France et les Jeux olympiques de Tokyo 2020 a pu occulter tout ceci, mais c'est ce qui se passe dans notre football », raconte Pinilla, qui était présidente de l'ANJUFF en 2017.

« On aimerait que toutes les femmes aient les mêmes chances. Il ne s'agit pas seulement de pouvoir jouer. En tant qu'adulte, vous devez gagner votre vie et pour le moment, nous devons travailler. C'est très difficile ; il y a des joueuses qui doivent sacrifier des jours d'entraînement pour aller travailler. »

Le rapport se fonde sur des entretiens approfondis avec 592 joueuses sur 1 000 joueuses au total au Chili. Il a révélé que seulement 10 % des personnes interrogées sont des footballeuses à plein temps ; 27,9 % jouent et travaillent également, 43,3 % jouent et étudient et 18,5 % font les trois.

En outre, 83 % ont déclaré ne recevoir aucune rémunération financière pour leur activité footballistique et les autres ont affirmé percevoir un salaire mensuel inférieur à 126 dollars.

« Ce qui me surprend le plus, c'est qu’énormément de joueuses travaillent actuellement dans des services de livraison express, ce qui met même leur condition physique en danger. Elles sont très peu nombreuses à avoir une profession ou à pouvoir étudier en toute tranquillité et à avoir du temps libre », soutient Pinilla.

“C'est un signal d'alarme pour toutes les autorités du football ; cela permet de les sensibiliser”

Le rapport de l'ANJUFF reflète également le calvaire que les joueuses doivent encore affronter en termes d'actes de discrimination sexuelle. Plus de 35 % des personnes interrogées ont déclaré avoir été victimes de plaisanteries liées au sexe et plus de la moitié, 57 %, ont dit avoir subi des actes de discrimination sexuelle à un moment donné de leur vie de footballeuse.

« Il n'y a pas si longtemps, nous n'avions même pas de vestiaires et nous devions utiliser une petite réserve, sans douches. C’est toujours le cas, dans certains clubs. Le pire, c'est que ça finit par nous sembler normal », se plaint Pinilla, qui joue aujourd'hui pour l'Universidad de Chile, après des passages à l'Audax Italiano, au Santiago Morning et dans les clubs espagnols de Córdoba et Santa Teresa de Badajoz.

La discrimination sexuelle a également été perçue dans le manque de matériel, comme les cônes, les ballons et les accessoires pour les balles arrêtées. Dans de nombreux cas, ces accessoires d'entraînement doivent être obtenus par les joueuses elles-mêmes ou par les entraîneurs.

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Un autre des points mis en cause est l'exigence physique des footballeuses et les difficultés à remplir les objectifs dans un contexte où la plupart d'entre elles ne peuvent pas se consacrer exclusivement au jeu.

« Tout comme les hommes, nous sommes tenues d'avoir un indice de masse corporelle et un poids convenables. Pour concourir à un niveau très exigeant, la composition corporelle fait la différence. Mais pour atteindre les objectifs, il faut manger correctement, et l'éducation nutritionnelle doit venir de votre club lui-même », explique Pinilla.

« La plupart d'entre nous n'ont pas les moyens de payer un nutritionniste et ce type de suivi est très coûteux. En outre, le fait de combiner séances d'entraînement et travail a également une incidence sur la nutrition. Il m'est arrivé de devoir manger des sandwichs dans les transports publics pour aller de l'université à l'entraînement », raconte-t-elle.

Malgré tout, Pinilla, - elle est diplômée en physique et étudie actuellement en vue d'obtenir un master dans ce domaine - se félicite du fait que les chiffres et les statistiques dont elle dispose aujourd'hui lui permettent de planifier les travaux futurs visant à améliorer la qualité du football féminin dans son pays.

« Nous pouvons maintenant entamer un processus et jeter les bases, en sachant où le plus gros du travail doit être fait. C'est un signal d'alarme pour toutes les autorités du football ; cela permet de les sensibiliser. Et dans trois ou cinq ans, nous pourrons recommencer cette étude et voir les progrès accomplis », ajoute-t-elle.