Bell Writing 2500

Développer une seconde carrière tout en étant footballeur professionnel

13 mai 2020
En tant qu'adolescent à l'académie de Manchester City, je ratais deux jours d'école par semaine pour m'entraîner. Je supportais le club, j'étais ramasseur de balles au stade, et j'envisageais de jouer en Premier League.

Mon seul plan de secours, planifié par mes parents, était d'obtenir de grands diplômes, comme ça j'aurais plus d'options devant moi.

Par Laurie Bell

Heureusement, je les ai écoutés. L'année où j'ai quitté le secondaire, j'ai été libéré par Manchester City, puis deux années plus tard par Rochdale AFC, en League One.

J'étais écœuré. J'avais toujours envie de poursuivre mes rêves, mais j'avais 18 ans et j'étais sans contrat professionnel ; une situation dans laquelle se retrouvent des centaines de jeunes footballeurs chaque année.

Même les plus belles carrières sont courtes et fragiles. En réalité, nous avons tous besoin d'établir un plan pour une deuxième carrière de secours.

“Un seul joueur du groupe de notre âge a reçu le contrat professionnel que nous espérions tous”

— de Laurie Bell

À Rochdale, un seul joueur du groupe de notre âge a reçu le contrat professionnel que nous espérions tous, et une blessure a mis rapidement un terme à sa carrière. Mes coéquipiers qui ont continué le football jouent maintenant sans entraîneur ou sans ligue. D'autres ont trouvé un travail, se sont mis à étudier, ou sont partis en voyage.

Malheureusement, sans le cadre du football, l'un de mes coéquipiers de Rochdale a écopé d'une peine de prison, et un autre était recherché car on le suspectait d'être impliqué dans une affaire de trafic de drogue. Après avoir été comme des frères pendant des années, nous avions perdu contact, et j'ai été choqué de lire ça dans les actualités.

Toutes nos vies avaient changé si rapidement.

À ce moment-là, j'étais en Amérique. Mes études m'ont permis d'obtenir une bourse d'études universitaires en soccer à l'Université de Wisconsin-Milwaukee. Ça a été dur de quitter le domicile, mais je voulais jouer au football, vivre une aventure et avoir de nouvelles opportunités sur le terrain. Le système universitaire américain propose des installations de première classe et un coaching professionnel. Je pouvais me développer en tant que joueur tout en préparant une seconde carrière.

La partie délicate était de choisir ce que je voulais étudier.

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Laurie Bell jouant pour Milwaukee

Quand on grandit avec la volonté exclusive de suivre sa passion, le football, il est difficile de prendre au sérieux un autre intérêt. A-t-on le droit d'avoir deux rêves différents ? J'ai décidé que oui. On peut avoir autant de rêves qu'on le souhaite.

« Je veux voyager dans le monde entier en vivant du football et en écrivant, » ai-je dit à mes professeurs lors de ma première année universitaire. J'ai coché deux cases sur le site Web de l'université et je me suis inscrit pour suivre des cours de journalisme et d'anglais.

Comment trouver une autre passion ? J'ai repensé à ce qui m'intéressait pendant mon enfance. J'aimais faire du sport et l'idée d'écrire là-dessus. À l'université, on m'a enseigné comment faire carrière dans l'écriture.

Le meilleur conseil de mon professeur, qui s'applique à toute chose, était de pratiquer pour gagner de l'expérience. Alors j'ai commencé à écrire le Blog de Bell, une rubrique sur la vie de notre équipe de soccer, pour le site Web de l'université.

À Milwaukee, nous avions une équipe soudée et talentueuse, ce qui nous a permis de remporter e premier titre de soccer masculin de l'université en huit ans. En tant que capitaine, j'ai obtenu une certaine reconnaissance pour mon but du milieu de terrain et j'ai quitté l'université rapidement pour signer mon premier contrat professionnel pour les Tulsa Roughnecks dans l'American USL. Mon rêve prenait forme.

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Laurie Bell jouant pour Tulsa

J'ai terminé la fin de mes études universitaires en ligne et j'ai obtenu mon diplôme lors de ma première saison à Tulsa.

En tant que professionnel, voici de quoi avait l'air mon emploi du temps : rendez-vous au stade pour un entraînement le matin, douche, repas de midi, parfois suivi d'une session de gym. Puis j'étudiais tandis que mes camarades de chambre Ben et Steve, qui avaient déjà tous deux des diplômes, en profitaient pour faire une sieste. J'éteignais mon ordinateur quand ils se réveillaient et nous allions taper quelques ballons avec nos coéquipiers dans la piscine du complexe de notre appartement.

Ça demande de la discipline, mais la plupart des joueurs professionnels ont le temps de participer à une classe en ligne ou d'engranger de l'expérience en travaillant tout en se concentrant sur le football.

Pour se motiver à débuter, il est crucial de trouver quelque chose qu'on aime. Autrement, une partie de FIFA ou une sieste prend toujours le dessus sur l'élaboration d'une seconde carrière. Enfin, Ben a trouvé une autre passion, le coaching, et Steve joue toujours tout en étudiant pour décrocher un diplôme universitaire supérieur dans la finance.

“A-t-on le droit d'avoir deux rêves différents ? J'ai décidé que oui. On peut avoir autant de rêves qu'on le souhaite”

— de Laurie Bell

Quand j'ai quitté Tulsa, je m'en suis tenu à mon plan de voyager dans le monde entier en jouant au football, et en écrivant. Après une demi-saison de retour à Manchester, je me suis arrêté en Suède, un magnifique pays avec un style de vie relaxant où je me suis senti tout de suite accueilli. J'y suis depuis lors, jouant pour l'Örebro Syrianska en troisième division suédoise.

La vie est belle, mais les saisons de football ne durent que sept mois en Suède et de nombreux joueurs professionnels s'appuient sur une deuxième source de revenus. Des contrats de courte durée et des périodes de hors saison sans salaire sont la réalité de la plupart des footballeurs.

Pour moi, poursuivre une seconde carrière fait partie de mon voyage dans le monde du football. En plus de jouer et d'écrire, je travaille pour une entreprise nommée Heja spécialisée dans la technologie du sport. J'ai été engagé comme concepteur-rédacteur anglais et je suis maintenant gestionnaire marketing pour son application de sport.

Je travaille en dehors de mon planning de football, qui inclut un entraînement chaque jour de semaine et des déplacements soudains dans le nord lointain de la Suède. J'ai aidé plus de 100 000 équipes sportives à s'enregistrer dans l'application, et j'ai gagné beaucoup d'expérience en commerce et marketing.

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Laurie Bell travaillant à Heja

Comment trouver des opportunités tout en jouant ? Pour moi, chaque opportunité m'a conduit à une autre.

Une publication sur le blog de l'université s'est transformée en la dernière partie de ma formation, et un article dans The Guardian. Un autre article m'a lié à la FIFPRO, et me voilà à écrire ceci ! Lorsqu'Oskar, mon ancien collègue d'Heja, a lu dans le journal local qu'un nouveau joueur arrivé en ville était aussi rédacteur, il m'a payé à manger et m'a proposé du travail. J'ai eu de la chance. Mais vous aussi vous pouvez déclencher ce genre de chances en vous lançant.

Je pose souvent des questions par é-mail à des gens que j'admire ou dont le travail a l'air cool. En montrant un véritable intérêt, je me rends souvent compte qu'ils sont heureux de donner des conseils ou même d'aider à mettre le pied à l'étrier.

Être footballeur professionnel, c'est le meilleur emploi du monde, mais rien ne nous empêche de vivre plusieurs rêves à la fois. Me faire libérer par Rochdale à l'âge de 18 ans a ouvert la voie à d'autres expériences, nouvelles et révélatrices. En regardant en arrière, je n'échangerais pas ces expériences contre un an de contrat dans le football anglais, ce à quoi j'aspirais tant à cette époque.

 

Vous pouvez me joindre sur Twitter @LBellBell si vous avez des questions.