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Marvin Bartley : est-ce qu'il y aurait encore du harcèlement en ligne si les coupables devaient assumer leurs actes ?

7 décembre 2021
  • Marvin Bartley a pris la tête de la lutte contre le racisme en ligne dans le football.
  • Le capitaine de Livingston exhorte les plateformes de médias sociaux à mettre en place des mécanismes simples qui éradiqueraient les abus anonymes.
  • Le milieu de terrain anglais estime que ces commentaires ont le pouvoir de nuire à la santé mentale des joueurs et de leurs proches.

Si je consultais ma boîte de réception Instagram en ce moment, je vous garantis qu'il y aurait au moins deux messages non sollicités contenant des insultes sur la couleur de ma peau.

Ces jours-ci, je suis en mesure de me désengager émotionnellement des commentaires racistes que je vois en ligne - non pas parce qu'ils ne sont pas blessants - mais parce que je suis concentré sur la situation dans son ensemble. Si je laisse ces gens m'atteindre, si je me mets en colère et réagis violemment, est-ce que ce sera utile à quelqu'un ? Je consacre mon énergie à soutenir les autres dans leurs expériences et à présenter calmement les faits - parce que ces agresseurs sans visage ne vont pas me distraire de ma mission, celle de promouvoir l'égalité.

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Malheureusement, lorsque quelqu'un envoie un message offensant ou commente mes photos avec des insultes, je ne suis pas le seul concerné. Un jour, ma mère m'a téléphoné en pleurs après avoir découvert le harcèlement racial dont j’étais victime en ligne, et ça m’a fait beaucoup de peine.

Je n'avais encore jamais vu ma mère pleurer ; c'était la première fois qu'elle s'effondrait ainsi devant moi - j'ai la trentaine et elle me suppliait de rentrer à la maison pour pouvoir me protéger. Je ne peux pas expliquer à quel point c'était terrible, de la voir blessée à ce point. 

Cette expérience m'a vraiment perturbé mentalement et m'a rendu très agressif ; j'en voulais vraiment à cette personne qui avait fait tant de peine à ma mère - mais évidemment, ceci aurait fait de moi le méchant.

J'ai eu la chance d'avoir un réseau de soutien très solide, mais n'empêche que parfois, seul à la maison, je me suis senti très vulnérable. Tout le monde n'a pas quelqu'un à qui parler. Les abus sur les médias sociaux - qu'ils soient racistes, sexistes ou homophobes - peuvent vraiment affecter votre santé mentale.

Je ne dramatise pas en disant qu'un joueur peut aller jusqu'à mettre fin à ses jours à cause de ce harcèlement, et ce n'est qu'une question de temps. Le football est un environnement sous forte pression - les regards sont constamment tournés vers vous, les soucis financiers sont liés à l'âge précoce de la retraite, les contrats sont incertains ; si vous passez une mauvaise journée ou un mauvais mois et si vous recevez un de ces messages, ils ont vraiment le pouvoir de vous pousser à bout.

“Je n'ai aucune envie d'être d'une autre couleur, je suis fier de ce que je suis et d'être un homme noir”

Et lorsque cela se produit, ce sont les médias sociaux qu'on accuse, et on se pose des questions sur ce qu'on aurait pu faire pour protéger les victimes d'abus. Mais pourquoi en arriver là ? J'ai insisté et essayé de communiquer avec les plateformes de médias sociaux pour qu'elles mettent en place un processus simple qui rendrait les auteurs d'abus responsables de leurs actes. Il serait si facile de lier votre identité à votre profil, ce qui permettrait de remonter jusqu'à une personne réelle, et non jusqu'à un compte anonyme, en cas d'abus.

Je devrais avoir le droit d'empêcher les personnes « non identifiées » de me contacter. Elles pourraient regarder ma page, aimer mes photos, sans m'envoyer de messages. Pensez-vous que je recevrais quotidiennement des exemples de discours haineux si ces personnes pensaient pouvoir être en tenues pour responsables ?

Instagram peut retirer une chanson en quelques secondes s'il soupçonne une violation des droits d'auteur et des comptes peuvent être bloqués pour avoir utilisé des jurons ; cette technologie existe donc bien, je trouve que ce n'est pas normal. 

J'aimerais vraiment m'entretenir en personne avec les entreprises de médias sociaux et leur expliquer comment leurs plateformes sont utilisées comme vecteurs d'abus. Elles ont peut-être une très bonne raison de ne pas mettre en œuvre une résolution, mais je ne l'ai pas encore entendue et je pense que moi, et tant d'autres, méritons une explication.  

Parce que, soyons francs, lorsque les médias rapportent des cas d'abus raciaux sur mon profil, ou si j'utilise mon compte pour prendre position contre la discrimination, les gens affluent pour le voir. Il s'agit d'un appât à clics avec beaucoup d'espace publicitaire - si vous éliminez la controverse, le manque à gagner est considérable. Ou peut-être que j'ai tout faux, qu'ils s'en fichent tout simplement. Peut-être qu'une réunion, quelque part, a évoqué nos traumatismes, et qu'on a jugé que ce n'était pas assez important pour intervenir d'urgence.

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Je n'ai aucune envie d'être d'une autre couleur, je suis fier de ce que je suis et d'être un homme noir, mais lorsque quelqu'un commence à me harceler à ce sujet, sur cet aspect essentiel de mon identité, ça fait mal.

Si je pouvais m'adresser à ces gens avant qu'ils n'appuient sur le bouton « Envoyer » de leur message direct, je leur demanderais simplement de réfléchir. Il leur faut 15 secondes pour envoyer une insulte raciste, c'est tout, mais dites-vous bien que la personne qui reçoit le message, elle, s'en souviendra pendant les vingt années qui suivent. La première fois que j'ai été victime de harcèlement en ligne, c'était il y a cinq ans, et je m'en souviens comme si c'était hier - mot pour mot. Un commentaire sans importance pour eux m'a marqué, ainsi que tant d'autres, à vie.

Peut-être que si le fait d'appuyer sur « Envoyer » avait des conséquences, un plus grand nombre de ces personnes prendraient le temps de réfléchir, et je cesserais de recevoir ces messages indésirables dans ma boîte de réception.