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Roland Putsche : "Il ne suffit pas d'être footballeur professionnel"

5 janvier 2022
  • Après avoir joué quatre ans dans la Bundesliga autrichienne, Roland Putsche a trouvé un nouveau défi à relever : intervenir comme entraîneur au sein d'une ONG [organisation non gouvernementale] sud-africaine de développement du football du nom de Young Bafana. 
  • En 2016, le milieu de terrain a rejoint le club de Premier Soccer League Cape Town City et a remporté deux coupes en quatre ans.
  • Le joueur trentenaire dirige actuellement deux salles de sport et pratique le football amateur.  

J'ai commencé à jouer très tôt. Quel enfant ne rêve pas de devenir athlète professionnel ? J'ai eu une carrière de rêve, tout à fait représentative. J'ai commencé dans une académie à Klagenfurt. Je suis passé de l'équipe amateur à la réserve avant de faire ma première apparition professionnelle dans une première équipe. Peu de temps après, j'ai rejoint le Wolfsberger AC, une équipe de deuxième division. Après deux saisons, nous avons été promus, et je suis resté quatre ans de plus.  

Mais après avoir exercé ma profession pendant six ou sept ans, j'avais besoin d'un changement. J'avais l'impression de rester dans ma zone de confort. On s'habitue à toutes ces choses et on ne sait plus comment les apprécier. Vous jouez contre les dix mêmes équipes, quatre ans d'affilée. Les installations d'entraînement ne changent pas. Et en même temps, j'étais trop occupé pour faire autre chose que jouer au football. J'ai donc eu l'impression de ne plus évoluer, de faire du surplace sur le plan personnel.

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Roland Putsche jouant avec le Wolfsberger AC contre le Borussia Dortmund en 2015.

J'ai été en vacances en Afrique du Sud et j'ai appris l'existence des Young Bafana. J'ai admiré le travail qu'ils faisaient. J'avais envie de rendre la pareille et de faire autre chose que d'être un athlète professionnel. Une fois ma décision prise, j'ai pensé que je pouvais aller travailler avec eux. À l'époque, j'avais reçu une offre d'une équipe de la deuxième Bundesliga en Allemagne, mais tout est tombé à l'eau. J'ai ensuite reçu une autre offre, mais comme j'avais un peu de temps avant de devoir me présenter pour la pré-saison, j'ai décidé de me rendre en Afrique du Sud et de voir si je ne préférais pas rejoindre l’académie Young Bafana. Je me suis dit que si jamais j'étais déçu, je pourrais toujours retourner en Europe et signer dans un club.  

Parfois, la vie vous envoie un signe. Je parlais beaucoup aux plus jeunes et ils suivaient mes conseils car ils savaient que j’étais un joueur professionnel. J'ai adoré. C'était une telle honnêteté de la part de ces enfants. J'ai essayé de leur donner de bons conseils, non seulement pour le football, mais aussi pour leur vie. Je voulais qu'ils poursuivent leurs rêves, qu'ils soient bons à l'école. Je voulais leur montrer pourquoi c'est important. Je viens d'un pays où nous avons un bon système social, où tout est en place. Pour nous, il est plus facile de bien gagner notre vie. Pour ces enfants, c'était plus difficile.  

Mais les enfants m'ont aussi beaucoup donné en retour. Je les ai vus jouer, jouer pour le plaisir. Parfois, en tant que professionnel, on voit les choses différemment. On se dit : « Je vais gagner de l'argent, jouer, m'entraîner ». Mais vous n'appréciez plus ce que vous avez. Quand j'ai vu les enfants, j'ai réalisé que les problèmes qui étaient les miens n'étaient pas si graves, comparés à la réalité à laquelle ils étaient confrontés. Ils m'ont en quelque sorte fait redescendre sur terre. Grâce à eux, j'ai réalisé que j'aimais toujours jouer. Je suis retombé amoureux du football. Je suis allé faire des essais au Cape Town City. Il s'agissait d'un club relativement nouveau, c’était l’idéal. Exactement ce que je recherchais. Je pense qu'ils ont vu quelque chose en moi en tant que joueur et en tant que personne. C'était important pour moi. 

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Roland Putsche en tant que joueur du Capetown City FC en 2019

Je suis resté à Cape Town City pendant quatre saisons. Mais avec la pandémie de Covid, j'ai réalisé que je voulais aussi passer plus de temps avec ma famille en Autriche, alors je suis revenu. Sur le plan footballistique, j'aurais dû revenir en Europe un peu plus tôt. Mais je ne regrette rien. J'ai réfléchi à chaque étape en profondeur. Le Cap est ma deuxième maison et j'y ai encore beaucoup d'amis. 

Avoir travaillé et joué en Afrique du Sud m'a beaucoup changé. Pour être honnête, je pense que je ne suis plus le même. Mon séjour a vraiment changé les choses, ça m'a ouvert les yeux à certains égards. Cette expérience m'a donné une nouvelle motivation et de nouvelles aspirations. Je pense qu'il est très important de donner quelque chose en retour. En tant que footballeur, vous êtes un modèle. Mais vous ne pouvez pas être éloigné de votre communauté. Ces communautés sont celles qui vous soutiennent. Vous devez donc essayer de leur rendre un peu de ce qu'elles vous donnent. 

Les joueurs doivent aussi se rendre compte que seuls les meilleurs joueurs gagneront suffisamment pour le reste de leur vie. Les autres doivent faire quelque chose, ils ne peuvent pas se permettre de rester immobiles pendant qu'ils jouent. Certains joueurs préfèrent ne pas y penser. Ce sont les joueurs qui se feront rattraper à la fin de leur carrière, parce qu'ils n'ont jamais progressé. Ils auront fait du surplace dans leur développement personnel, parce qu'ils n'ont rien fait d'autre, n'ont pas pensé à étudier par exemple. À mon avis, le football seul ne suffit pas.