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« Il serait injuste de prendre ici et maintenant la parole sans commencer par remercier Léo Grosso, mon vieux complice, sans le féliciter pour le mandat qu'il vient de mener avec la réussite que l'on sait.

Je vous demande donc de vous lever et d'applaudir Léo...

Merci. Ce n'est pas seulement Léo que vous venez d'applaudir. Car, comme sur le terrain, les succès de la FIFPro sont ceux d'une équipe. D'une bien belle équipe. En remerciant Léo, c'est aussi tout le board de la FIFPro que vous avez félicité pour le travail accompli ces trois dernières années. C'est à l'administration aussi, réunie autour de Théo, que vous avez envoyé ces remerciements. Et c'est à vous, enfin, que revient également une grande part de ces félicitations.

Sans des associations et de syndicats nationaux forts, la FIFPro résonnerait comme une coquille vide, alors qu'aujourd'hui, grâce à vous – Grâce à vous tous ! – c'est une institution respectée, qui, partout où le football professionnel a le droit de cité, mène un combat quotidien formidable pour défendre les droits et les intérêts des joueurs, qu'il s'appelle Léo Messi, l'extraordinaire attaquant du FC Barcelone, ou Loïc Feudjou, le gardien du Coton Sport de Garoua au Cameroun.

Pour la FIFPro, il n'y a pas, et il n'y aura jamais de différence entre l'un et l'autre. Entre les plus connus, que l'on appelle les stars, et les autres, certes anonymes, mais qui pratiquent le même métier, avec la même foi, inébranlable. Il n'est peut-être parfois pas facile, pour certains d'entre vous, de comprendre que si le fossé existe entre les meilleurs joueurs du monde et le reste des footballeurs, la FIFPro est là pour remplir le vide. Tout en aidant les meilleurs à l'être d'avantage encore, nous accompagnons les anonymes pour leur permettre de sortir de l'ombre ou, à tout le moins, de pratiquer leur métier, qui fut aussi le nôtre, dans les meilleures conditions possibles.

Ce qui vaut pour les joueurs, vaut également pour chacun de vous. A l'intérieur de la FIFPro, comme sur le terrain, c'est la solidarité qui doit primer. A quoi servirait-il de la réclamer pour les joueurs, si nous ne savions l'appliquer à nous-mêmes, et faire que la Namibie, qui vient juste de passer membre, soit considérée à l'instar des Pays-Bas ou de l'Angleterre, car ce beau pays du sud de l'Afrique participe de la même façon à la vie de la FIFPro, et donne du sens à l'action que nous menons, à l'engagement qui est le nôtre.

Si nous voulons être considérés comme une institution mondiale, si nous voulons pouvoir traiter d'égal à égal avec la FIFA, si nos quatre divisions pourront être respectées par leurs Confédérations, c'est bien parce que la FIFPro, grâce à vous, est partout présente sur la planète. Présente et forte. Présente et efficace. Présente et professionnelle. Présente et soudée. Présente et solidaire.

Mais si cette solidarité est une condition nécessaire, elle n'est pas, vous vous en doutez, suffisante. Car les années qui s'annoncent, polluées par la crise économique mondiale qui frappe, bien évidemment, le football, s'annoncent cruciales pour notre syndicat. Car nous devrons...

  • Intensifier nos relations avec la FIFA – qui changera de président ou n'en changera pas en 2015 -, prendre toute la place qui nous revient de droit et peser du poids des 60 000 footballeurs professionnels que nous représentons. Ce qui vaut pour la FIFPro vaut d'ailleurs pour chacun de vous, que ce soit tant au niveau des confédérations, via vos divisions, que des ligues professionnelles et des fédérations nationales.
  • Nous devons remettre à plat le système des transferts, qui, en l'état, ne nous satisfait plus (mercato, article 17, etc.).
  • Nous devons repenser le fonctionnement de la Chambre de résolution des litiges et du TAS, qui doit accélérer le traitement des dossiers et, surtout, recouvrer son... indépendance !
  • Nous devons nous attaquer à la multi propriétés, qui, au-delà d'un lien de subordination malsain, brouille les cartes, participe à l'inflation et affaiblit in fine les capacités financières des clubs, donc des joueurs.
  • Nous devons continuer notre croisade contre le code mondial antidopage en affirmant bien évidemment que nous sommes, aujourd'hui comme hier, opposés à toute forme de dopage, mais que la recherche de quelques brebis galeuses, s'agissant du football, ne doit pas justifier une réglementation liberticide. Oui, pour les contrôles, pour plus de contrôles même, mais uniquement sur les lieux de travail des joueurs (entraînement, match), afin de respecter leur vie privée, leur droit au repos, aux vacances. Leur droit d'être des citoyens comme les autres, pas de suspects permanents, pas des criminels en fuite.
  • Nous devons renforcer nos partenariats, trouver d'autres ressources financières, pour renforcer notre indépendance. Je vous encourage d'ailleurs tous, à l'instar de la FIFPro house dont nous pouvons, dont nous devons tous être fiers, à faire en sorte de devenir propriétaires de vos bureaux pour ne dépendre de personne, pour investir sur l'avenir.
  • Nous devons continuer notre combat contre les paris clandestins, et faire comprendre à tous que s'il y a des corrompus, il y a aussi des corrupteurs... Ne s'attaquer qu'aux joueurs, ne sanctionner que les footballeurs, bouc émissaires et coupables idéals, ne résoudra rien. Il faut arrêter de montrer les joueurs du doigt, encore les joueurs, toujours les joueurs comme en matière de dopage, d'ailleurs...

Qui se souvient, à Nyon ou à Zurich, du Livre noir que la FIFPro a publié, l'an dernier ? Qui s'est préoccupé des joueurs concernés, si ce n'est nous ? Qui a pris ses responsabilités, si ce n'est la FIFPro ? Personne !

A Nyon, comme à Zurich, comme au Caire, comme en Asie, comme en Amérique du Sud, qui, si ce n'est vous, si ce n'est nous, a pris conscience des problèmes de fond qui secouent aujourd'hui la planète football : combien de joueurs ne sont plus payés par des dirigeants qui continuent, en toute impunité ou presque, à agir, à promettre, à compromettre ?

En dehors de quelques joueurs, une poignée à comparer avec les 60 000 professionnels qui vivent de notre sport dans le monde, plus personne n'est aujourd'hui à l'abri. Même le président d'honneur de la Division Afrique, Didier Drogba, est aujourd'hui confronté à ce problème, qui frappe tous les jours de plus en plus de footballeurs.

Les joueurs en ont assez, ils le disent. Et c'est à nous, la FIFPro, de stopper la machine infernale. C'est à nous de demander aux instances dirigeantes de tenir leurs promesses. Nous ne nous contenterons plus de simples paroles. Nous voulons des actes et nous les voulons maintenant !

C'est le rôle de la FIFPro de défendre les joueurs, de mouiller le maillot pour eux, de donner de la voix, de refuser les compromissions qui, à l'arrivée, se retournent contre les joueurs. Comme avec le système des transferts, comme avec la DRC ou le TAS, nous ne pouvons plus écouter les beaux discours s'ils ne sont pas suivis d'actions réelles et palpables.

Nous devons agir pour protéger les joueurs. Les instances, elles, protègent le football business, mais quand comprendront-elles que sans protéger les joueurs, demain il n'y aura ni football business, ni football tout court d'ailleurs ? C'est à nous qu'il appartient de leur expliquer qu'il faut remettre les joueurs au centre du terrain, au centre des préoccupations, alors que ce sont aujourd'hui les tableaux d'amortissement, les rentrées publicitaires et les droits télé qui dictent la conduite des instances au détriment des footballeurs, simples marchandises que l'on s'échange à souhait...

C'est à nous, je vous le répète, de mettre un terme à ce football-là, qui ne se soucie pas des hommes et les méprise parfois.

On parle du Qatar et de la Coupe du monde en 2022, qui se serait jouée dans des conditions inhumaines si la prise de conscience, initiée par les joueurs, n'avait pas engendré une solution – jouer en hiver – qui n'est pas la meilleure, mais la moins mauvaise.

On parle du Qatar, mais on n'oublie que, quatre ans plus tôt, on jouera en Russie, dans un pays qui bafoue les droits des footballeurs. Notre ami Nicolas en sait quelque chose, lui qui se bat, au quotidien, pour être écouté, à défaut d'être entendu.

On parle du Qatar, mais on n'oublie le Brésil, dans quelques mois, et ses conditions de jeu extrêmes, comme tente de le prouver notre ami Rinaldo.

La FIFPro ne peut rester sans rien dire. Elle le doit aux joueurs. Elle s'est engagée à les défendre, à les soutenir, à ne pas les abandonner, quel que soit l'adversaire et qu'importe que cela ne plaise pas en haut lieu. Ce n'est pas, ce ne doit pas être notre problème !

Nous ne devons jamais oublier que nous sommes des syndicalistes, c'est-à-dire des combattants, et que nous devons nous battre, non seulement sur le terrain, de Rio à Ljubljana, de Sydney à Abidjan, mais également dans les salons dorés des instances nationales ou internationales. Ce n'est pas parce qu'on nous a ouvert les portes, ce n'est pas parce que nous sommes assis autour de la même table, que nous devons pratiquer une espèce d'autocensure, qui finirait par nuire à nos engagements envers les joueurs.

S'il faut élever la voix, élevons la voix. S'il faut taper du poing sur la table, et bien tapons du poing, ce qui ne veut pas dire qu'il faut oublier la valeur du dialogue, mais il ne faut jamais se laisser enfermer dans d'interminables discussions, comme il faut que les promesses soient tenues.

Je le répète : les paroles, c'est bien, les actes, c'est mieux !

Déplaire ici à la Fédération Russe, là à l'UEFA, ici à l'ECA, là encore à la Fifa, qu'importe, puisque c'est aussi notre rôle, puisque c'est aussi ce que les joueurs – tous les joueurs – attendent de nous.

A quoi aurait-il servi, ces dernières années, de faire que la FIFPro devienne incontournable, si ce n'est pas pour agir, fort du lien qui nous unit tous, fort du lien que nous avons tissé avec les joueurs, fort de notre totale indépendance vis-à-vis de tous les pouvoirs ?

C'est en s'appuyant sur les forces et les valeurs qui sont les nôtres, sur notre représentativité, sur notre professionnalisme que nous remporterons, demain, les combats que nous serons amenés à gagner pour continuer de défendre, partout dans le monde, les droits et les intérêts des footballeurs professionnels.

C'est une chance, croyez-moi, qui s'offre à nous. C'est une chance, je la mesure à sa juste valeur, que de devenir le président de cette FIFPro-là, forte et ambitieuse, organisée et motivée, indépendante et libre.

Sénèque, le grand philosophe – que malgré mon âge, je n'ai pas personnellement connu ! -, disait que « l'essentiel est l'emploi de la vie, non sa durée ».

Après ma carrière de joueur, j'ai employé ma vie au service des footballeurs professionnels. J'ai la même fougue, aujourd'hui, le même enthousiasme, la même force. J'ai l'expérience, aussi,... comme cela n'échappe à personne ! Et je peux vous assurer que la flamme qui brûle en moi, dès qu'il s'agit de ce magnifique combat que j'ai l'honneur de mener avec vous, continue de brûler et qu'elle continuera de brûler lors de ces quatre prochaines années.

Une fois encore, merci à chacun de vous. Vous êtes la FIFPro, cette équipe que rien ne doit effrayer, que rien ne doit arrêter, cette équipe qui gagne, cette équipe qui grandit, cette équipe que l'on envie, cette équipe soudée, qui ne fait pas de différence entre ses membres, car tous participent à la réussite de notre grand syndicat international.

Il faudra pourtant, dès demain, repartir au combat à l'intérieur de chacun de vos pays, à l'intérieur de chacune des divisions, qui doivent animer, organiser, aider, savoir s'indigner et frapper quand il le faut... Plus vous serez forts, plus la FIFPro sera forte et respectée. Plus la FIFPro sera forte et respectée plus vous serez forts !

Et, à l'arrivée, ce sont les footballeurs qui remporteront le match !

Bravo et merci à vous tous.

Vive la FIFPro ! »