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Abdeslam Ouaddou est un homme heureux. L'ex-footballeur marocain vient d'apprendre de la Chambre de résolution des litiges de la FIFA (la CRL) qu'il sort victorieux de la procédure intentée contre son ancien club au Qatar. « Que les Qataris se le disent désormais, tout n'est pas toujours possible, même quand on a beaucoup d'argent ».

Pour Ouaddou en tout cas, justice est faite. Il avait en effet un litige avec son dernier club au Qatar, Qatar SC, qui ne l'avait pas payé pendant six mois. Et lorsque Ouaddou a intenté une procédure auprès de la CRL de la FIFA en septembre 2012, son visa de sortie lui a été retiré. La personne qui lui a confisqué son visa de sortie (un sponsor du club) lui a affirmé qu'il pourrait quitter le Qatar une fois qu'il aurait retiré sa plainte auprès de la FIFA.

Ouaddou a fait exactement le contraire. « Lorsque j'ai annoncé que je déposerais également plainte devant la Ligue des droits de l'homme, le ton a changé. Ils m'ont rapidement rendu mon visa de sortie ». Il a quitté le Qatar en novembre 2012.

Depuis ce jour, Ouaddou attendait avec impatience la décision de la CRL de la FIFA. Il craignait que cela ne prenne un certain temps, car à son départ du Qatar, il avait été averti que le club ferait tout ce qu'il pourrait pour faire traîner son affaire en longueur. « 4 ou 5 ans au minimum. Nous avons beaucoup d'influence sur la FIFA », lui a-t-on dit.

À sa grande surprise, la CRL de la FIFA l'a informé la semaine dernière qu'il était gagnant dans cette affaire, 1 an et 4 mois exactement après avoir lancé la procédure. « Honnêtement, sans le soutien de la FIFPro, je pense qu'il m'aurait fallu 4 à 5 ans. Mon avocat a été très surpris, car il a soutenu d'autres joueurs qui ont dû attendre beaucoup plus longtemps.

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Je suis extrêmement satisfait de la décision de la CRL de la FIFA », poursuit Ouaddou. « Elle montre bien que les gens au Qatar ne doivent pas s'imaginer que tout leur est acquis, qu'ils n'ont pas à respecter les règles, et que l'argent peut tout acheter ».

Le club ––Qatar SC - doit donc régler ses dettes à Ouaddou. « Ce n'est pas une question d'argent pour moi », explique-t-il. « C'est une question de principes. Je voulais défendre mes droits. C'est la raison pour laquelle je suis satisfait de cette victoire ».

Néanmoins, Ouaddou reste sur ses gardes. « Je n'ai remporté que la première manche. Car les Qataris sont hélas mauvais perdants. Ils feront appel devant le TAS (Tribunal arbitral du sport) ». Ouaddou compte bien gagner cette bataille également.

Ouaddou est aussi perdant : sa carrière en tant que footballeur est terminée. Ce défenseur de 35 ans qui a fait 57 apparitions pour l'équipe nationale marocaine met fin à sa carrière au bout de 17 ans, il a eu trop de mal à trouver un nouveau club. « Ma famille n'a plus voulu s'installer à l'étranger après ce qui m'est arrivé au Qatar. J'ai donc attendu une bonne opportunité en France, et j'ai réussi à en trouver une ».

Avec l'aide de l'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP), Ouaddou s'est inscrit à l'Université de Limoges pour étudier le Management sportif. Il compte se former en économie, marketing et management. « J'ai quelques idées sur la façon de gérer un club. J'ai vu tant de choses... »

Ouaddou essaie également d'obtenir un diplôme d'entraîneur.

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Abdeslam Ouaddou avec Didier Drogba

Le Qatar a permis à Ouaddou d'ouvrir les yeux

Durant les deux années qu'il a passées au Qatar, Ouaddou a découvert bien des problèmes. Il aime évoquer l'importance de la solidarité parmi tous les footballeurs professionnels, ainsi que leur solidarité avec tous les autres travailleurs.

« Je suis très heureux du soutien de la FIFPro et de tous les joueurs dans le monde », raconte Ouaddou quand il parle de ses problèmes au Qatar. « Ce soutien témoigne véritablement d'une solidarité sans faille entre les joueurs.

Je voudrais aussi ajouter que que j'ai reçu beaucoup de soutien de la CSI (Confédération syndicale internationale) et je tiens à les en remercier.

Désormais, comme je le dis à tous les footballeurs, il importe d'adhérer au syndicat. À un moment ou à un autre de votre carrière, vous aurez besoin de l'aide du syndicat. C'est pourquoi je pense que 100 % des joueurs devraient être membres du syndicat ».

Ouaddou tient à avertir les footballeurs du système de la kafala qui prévaut dans ce pays. « Lorsque je suis arrivé au Qatar, je n'en savais rien. Personne ne m'en avait informé, se souvient-il. Ces derniers temps, beaucoup de joueurs m'ont appelé pour me demander conseil. Je ne leur dis jamais de ne pas aller au Qatar. Mais je les informe sur le système de la kafala. Je leur conseille de demander un visa de sortie permanent, afin de garantir leur liberté de déplacement. Sans visa, vous vous sentirez réduit en esclavage.

Je leur explique également que lorsqu'ils sont malades ou blessés, lorsque leurs performances sont moindres, ils sont aussitôt expulsés de l'équipe. Un nouveau joueur les remplace, et perçoit leur salaire. C'est ce qui m'est arrivé plus ou moins, comme à Zahir Belounis ».

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Abdeslam Ouaddou avec Geremi Njitap

Une Coupe du Monde meurtrière

Compte tenu de son expérience du Qatar, Ouaddou regrette que ce pays puisse accueillir la Coupe du monde de la FIFA en 2022.

« Le football est un jeu si extraordinaire. Il est impossible qu'au XXIe siècle, une Coupe du Monde soit organisée dans un pays qui ne respecte pas les Droits de l'homme. Nous ne pouvons envoyer des joueurs dans un pays qui ne respecte pas les droits des travailleurs.

Nous savons bien quelle sera l'image affichée par le Qatar lors de l'organisation de la Coupe du monde. Il suffit d'y vivre pour voir le traitement inhumain infligé aux travailleurs. Des milliers de travailleurs y trouvent la mort. C'est la raison pour laquelle je proteste contre l'organisation de la Coupe du monde en 2022 au Qatar ».

Ouaddou évoque de récents rapports révélant entre autres que 185 travailleurs immigrés népalais sont ainsi morts en 2013 dans le bâtiment, alors que la Confédération syndicale internationale (CSI) a averti que 4 000 travailleurs pourraient trouver la mort avant la Coupe du Monde de 2022 sans réforme significative des conditions de travail.

« Je demande à tous les joueurs d'ouvrir les yeux : comment pouvons-nous jouer dans un stade si meurtrier ?

Nous - tous les footballeurs professionnels - avons des valeurs, nous ne pouvons accepter que nos collègues travailleurs subissent un tel traitement.

J'ai lu des rapports sur une abolition possible du système de la kafala pour les footballeurs professionnels, poursuit Ouaddou. Si c'est le cas, j'espère que le football constituera un précédent pour les autres travailleurs. Que le système de la kafala sera également aboli pour eux ».