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Durant les années qui ont précédé la Coupe du monde de 2014, le syndicat international des footballeurs, la FIFPro – représentant plus de 65 000 footballeurs professionnels dans le monde – n'a cessé de faire part de ses préoccupations sur les conditions extrêmes de chaleur sur certains sites de rencontres au Brésil, notamment à Manaus et à Fortaleza. La FIFPro s'inquiétait en outre du fait que plus de la moitié des matchs de Coupe du monde étaient prévus de jour, et l'après-midi. Chacun sait que jouer dans des conditions de chaleur extrêmes – avec la combinaison d'une température ambiante élevée, d'une humilité élevée de l'air et d'une forte exposition au soleil - peut provoquer des troubles liés à un stress thermique ainsi qu'une baisse des performances [Mohr 2010; Özgünen 2010; Wilmore 2007].

Afin de minimiser les effets des conditions de chaleur extrêmes sur la santé et les performances des joueurs, la FIFA a appliqué ses directives relatives à la chaleur [FIFA Manuel de médecine du football 2009]. Des pauses de rafraîchissement de 3 à 4 minutes à la 30e minute environ de chaque mi-temps devaient ainsi être introduites lorsque les matchs se jouaient à un indice de température du thermomètre mouillé de plus de 32 °C (équivalent à un risque extrême de traumatisme thermique conformément aux lignes directrices de la FIFA). Durant la Coupe du monde de 2014, les lignes directrices de la FIFA n'ont autorisé ces pauses de rafraîchissement que dans deux matchs : le match Pays-Bas–Mexique joué à Fortaleza, et Suisse–Honduras à Manaus. La situation a semblé quelque peu particulière au grand public : plusieurs autres matchs étaient joués à Fortaleza et Manaus, des villes connues pour leurs conditions climatiques extrêmes. La question se pose de savoir si les lignes directrices de la FIFA n'étaient pas un peu trop strictes.

Directives concernant les conditions de chaleur à Manaus et Fortaleza

Pour éviter la survenue de troubles liés à un stress thermique durant l'entraînement et les compétitions, les experts sportifs internationaux ont fixé et publié des directives se référant à l'indice de température du thermomètre mouillé, à savoir une température composite calculée à partir de différents paramètres comme la température ambiante, l'humidité, l'exposition au soleil et la vitesse du vent. En ce qui concerne la pratique d'un sport et les sciences médicales, l'American College of Sports Medicine (ACSM) s'est distinguée dans la progression de tout un éventail de spécialisations médicales et de disciplines scientifiques, le Sports Medicine Australia (SMA) s'étant quant à lui imposé au cours de ces 50 dernières années comme une organisation multidisciplinaire proposant une assistance médicale aux athlètes dans le cadre des compétitions [Kenihan 2014].

C'est la raison pour laquelle, compte tenu de leur expérience également des conditions de chaleur aux États-Unis et en Australie, les directives relatives à la chaleur de l'ACSM et du SMA peuvent être considérées comme une norme incontournable (Armstrong et al. 2007). Selon l'indice de température du thermomètre mouillé et le type d'exercice, à savoir le sport pratiqué (activité permanente et compétition vs formation et activité non-permanente), ces directives (ainsi que les lignes directrices de la FIFA) ont permis d'évaluer les risques liés à une telle pratique et de formuler des recommandations pour préserver la santé des athlètes. Si l'on vérifie les estimations climatiques fournies pour Manaus et Fortaleza (sur la base des 50 années écoulées), on peut en conclure que les directives de l'ACSM et du SMA protègent mieux les athlètes que les lignes directrices de la FIFA (Tableau 1).

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Jusqu'à présent, la FIFPro ne sait toujours pas pourquoi les valeurs limites appliquées dans les lignes directrices de la FIFA diffèrent des autres. On pourrait avancer que l'application d'autres directives, comme celles de l'ACSM ou du SMA durant la Coupe du monde auraient entraîné davantage de pauses de rafraîchissement ( comme par exemple durant le match Angleterre–Italie à Manaus avec un indice de température du thermomètre mouillé de 29-31°C), pour veiller à ce que les joueurs soient en meilleure forme et à améliorer les performances. Mais la chaleur au Brésil a-t-elle réellement affecté les performances des joueurs ?

Enquête de la FIFPro

Après la Coupe du monde de 2014, la FIFPro a mené une rapide enquête sur les réflexions à la fois des joueurs et des directeurs sportifs sur les conditions de chaleur extrêmes (température de l'air et humidité de l'air) au Brésil. Les directeurs sportifs comme les capitaines des équipes nationales qui avaient participé à des matchs où les conditions de chaleur étaient les plus extrêmes ont donc été invités à y participer.

Note scientifique

D'un point de vue scientifique, les résultats mentionnés ci-après ne peuvent être généralisés, en raison de l'approche qualitative plutôt que quantitative appliquée (< 10 participants).

Joueurs

Les capitaines d'équipe ont mentionné à l'unanimité que les conditions de chaleur extrêmes au Brésil les ont empêchés, leurs équipes et eux-mêmes, de jouer aussi bien que d'habitude dans des conditions climatiques normales. En ce qui concerne les pauses de rafraîchissement potentielles avec un indice de température du thermomètre mouillé supérieur à 32°C, près de la moitié des capitaines pensaient que cette mesure était appropriée pour que les joueurs puissent boire/s'hydrater suffisamment durant un match. Une grande majorité des joueurs a déclaré que les pauses durant 3 à 4 minutes à la 30e minute environ de chaque mi-temps étaient préférables à des pauses de rafraîchissement toutes les 15 minutes (scientifiquement démontrées comme optimales pour boire/s'hydrater suffisamment durant l'exercice dans des conditions de chaleur extrêmes).

Directeurs sportifs

Comme les capitaines d'équipe, les directeurs sportifs ont déclaré à l'unanimité que les conditions de chaleur extrêmes au Brésil les ont empêchés, leurs équipes et eux-mêmes, de jouer aussi bien que d'habitude dans des conditions climatiques normales. Toutefois, seule une minorité des directeurs sportifs d'équipe nationale a pris en compte les conditions de chaleur extrêmes au Brésil pour choisir les 11 premiers joueurs ou opter pour un plan tactique.

FIFPro : perspectives de la Coupe du monde de 2022 au Qatar

Les conditions de chaleur en juin/juillet au Qatar sont bien plus extrêmes que pour la même période au Brésil. Toutes les parties prenantes du football ont convenu que la Coupe du monde de 2022 au Qatar ne pouvait être organisée dans des conditions naturelles* l'été, en raison de la chaleur extrême (indice quotidien de température du thermomètre mouillé jusqu'à 37°C).

Il convient de se demander durant quels autres mois la Coupe du monde pourrait être organisée en 2022 au Qatar pour tenir compte des aspects de santé et de sécurité. La FIFA a pris acte des mois d'hiver comme alternative potentielle, l'Association européenne des clubs (ECA) ayant récemment proposé le mois de mai comme solution optimale.

Eu égard aux estimations climatiques au Qatar (sur la base des 50 années écoulées) présentées dans le tableau 2, la FIFPro rejetterait du point de vue de la santé et de la sécurité une Coupe du monde au mois de mai 2022 au Qatar, et serait plutôt favorable au mois de janvier ou de février (indice de température du thermomètre mouillé le plus bas), en programmant tous les matchs par temps couvert en fin d'après-midi ou le soir (pas avant 17h00).

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Les conditions de chaleur durant la Coupe du Monde de 2014 au Brésil : le point de vue des joueurs et des directeurs sportifs

Dr. Vincent Gouttebarge

Ancien footballeur professionnel, Responsable médical de la FIFPro (v.gouttebarge@fifpro.org)