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C'est dans les locaux de l'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) à Paris, que Zahir Belounis a tenu sa première conférence de presse en homme libre, en présence du président de la FIFPro, Philippe Piat, de l'ancien footballeur marocain d'envergure internationale Abdes Ouaddou, et de son avocat, Maître Franck Berton.

« Merci, Monsieur le président ! Merci à la FIFPro ! » Une fois l'excitation des médias retombée, et après le départ de deux journalistes sportifs des locaux de l'UNFP, Zahir Belounis, visiblement très ému, est tombé dans les bras de Philippe Piat, le président de la FIFPro. L'émotion était palpable. Les deux hommes s'étaient entretenus plusieurs fois au téléphone ces dernières semaines.

« C'est la FIFPro qui s'est chargée de mon hébergement au Qatar, alors que je n'avais plus rien, plus d'affaires, plus d'argent pour pouvoir faire vivre ma famille. Ce n'est qu'après le message de la FIFPro, qui a demandé ma libération, que les choses ont réellement commencé à bouger. Mais je sais que d'autres, bien d'autres – des diplomates français, mon avocat, la Confédération syndicale internationale [CSI], et d'autres encore que je ne connais pas – ont réagi pour faire en sorte que je devienne à nouveau un homme libre, un footballeur libre. Je n'avais rien fait de mal, je n'ai commis infraction à aucune loi, commis aucun délit. Je ne suis pas un symbole, juste un footballeur qui veut faire vivre sa famille en exerçant sa profession. Juste un homme qui a dit non, qui voulait être respecté. Un homme qu'on a tenté de mettre à terre ! »

Très critique envers la FIFA et son président, ainsi que pour son « manque d'engagement », Zahir Belounis, bien que désormais libre, n'oublie pas ceux qui sont restés au Qatar. Abdes Ouaddou, qui a été confronté à la même situation, les appelle les « esclaves d'un système qui écrase les êtres humains dans la plus parfaite impunité », un système qu'il condamne vigoureusement.

Belounis : « Je connais deux Français qui, comme moi, ne pouvaient pas quitter ce pays. L'un d'eux est en prison aujourd'hui. Les innombrables interventions – à tous les niveaux – et le soutien des médias pour mon cas m'ont permis de trouver une solution après de longs mois, durant lesquels on a essayé de me briser, en y parvenant dans une certaine mesure. Mais qu'en est-il des travailleurs indonésiens, pakistanais ou indiens dans la même situation ? Qui les aide et les soutient ? Je ne vais pas les oublier parce que moi je suis libre aujourd'hui ! Toutes ces horreurs doivent cesser ! »

Ce footballeur français de 33 ans, bien que dans l'incertitude totale quant à son avenir sportif, est donc déterminé à « poursuivre la lutte », et n'a jamais signé, contrairement à certaines rumeurs, le moindre document pour intenter une action en justice en échange de sa liberté, obtenue jeudi dernier.

Pour pouvoir obtenir un visa de sortie, Belounis s'est en effet contenté de signer un courrier de licenciement anticipé daté de février 2013 devant des « témoins de probité irréprochable », alors que son contrat avait été établi jusqu'en juin 2015, en renonçant ainsi à toute réclamation de salaire, d'un montant de 120 à 150 000 euros. « Cela relève de la définition même du délit pénal, une extorsion pure et simple », commente l'avocat de Belounis, Maître Franck Berton.

C'est la raison pour laquelle, comme le confirment d'ailleurs Zahir et son avocat, la plainte déposée contre le Qatar est toujours maintenue, et pour laquelle il sera fait appel à la justice française au début de la semaine prochaine au plus tard. « Nous avons décidé, explique Franck Berton, de recourir au parquet de Paris pour déposer plainte sur la base de trois éléments : fraude, travail dans des conditions particulièrement inhumaines, ce qui représente une infraction spécifique en vertu du code pénal, et extorsion de fonds. »

Cette plainte est déposée contre le « sponsor » du joueur, qui en qualité d'employé étranger, est soumis au système kafala sur les mêmes bases que tout travailleur étranger dans la région du Golfe, en vertu duquel chaque employé est en fait quasiment la propriété de son « sponsor », son « kafil ».

« L'extorsion de fonds est aggravée, en raison de la nationalité étrangère de Zahir. En tant qu'étranger, il est sous le contrôle du système kafala (parrainage) imposé aux étrangers dans le Golfe, passibles sur place d'une sanction d'emprisonnement de dix ans », affirme l'avocat.

Les personnes visées sont les détenteurs de deux clubs, le club pour lequel Belounis a joué à l'origine (Military Sport Association/2007-2010) ayant été racheté par un autre club (Al-Jaish/2010-2013).

La plainte sera donc spécifiquement déposée contre Gamaan Al Hamad (Président du Military Sport Association) et Sheikh Joaan bin Hamad Al-Thani (Président d'Al-Jaish), qui n'est autre que le frère même de l'émir du Qatar.

Le parquet de Paris est compétent pour traiter cette affaire, insiste Maître Berton, qui note que « tout délit subi par un Français à l'étranger peut être examiné par la justice française, et le parquet de Paris est exclusivement compétent ».

« Le système kafala a notamment été évoqué à l'occasion de la visite de Mads Oland, membre du comité directeur de la FIFPro, au Qatar la semaine dernière. Nous voulons qu'il soit aboli pour les footballeurs, et demandons par ailleurs la création d'une chambre nationale de résolution des litiges, avec une représentation paritaire de l'ensemble des parties, conformément à la réglementation de la FIFA. Il y a les discussions, les promesses et la réalité. Nous ne sommes pas dupes, mais nous espérons que le football sera mesure d'initier un mouvement dont tous les travailleurs du Qatar pourront bénéficier. La Coupe du monde de 2022 peut nous être utile, il s'agit de s'en servir ! »

Le regard parfois perdu dans le vide, Zahir Belounis rêve : « Si mon cas peut permettre de faire avancer les choses, si le football peut réussir là où les autres ont échoué, ce serait merveilleux ».

À ses côtés, Abdes Ouaddou acquiesce, avant d'ajouter : « Tous les footballeurs du monde doivent comprendre qu'ils ne sont pas à l'abri. Ils ont des droits, qui doivent être respectés. Je sais ce que je dois à l'UNFP, le syndicat français, et à la FIFPro qui m'ont aidé et soutenu, moi aussi. Les joueurs du monde entier doivent savoir qu'il existe des syndicats nationaux auxquels ils doivent s'adresser pour faire respecter leurs droits, et que la FIFPro est présente à l'échelle mondiale. Si la malheureuse expérience de Zahir a connu une issue heureuse, nous connaissons désormais - mais en doutions-nous ? – les pouvoirs du syndicat international de footballeurs. »